Hans-Michael Koetzle, Directeur de la revue Leica World publiée à Munich.
07/07 à 15H. À l’ombre du laurier rose du cloître Saint-Trophime.
-Le programme d’un festivalier est chargé, avez-vous eu le temps de voir de belles et stimulantes images cette année?
- Je suis arrivé mardi. Je suis expert pour le Photo Folio Review et ça me prend tout mon temps !
- Vues de l’extérieur, ces lectures payantes sont une petite révolution et font polémique!
- J’ai l’impression que c’est un peu une polémique française. C’est bien d’avoir des rencontres informelles, c’est bien de se rencontrer et de se montrer des photos mais d’autre part, il faut dire que c’est beaucoup plus efficace et que ça aide beaucoup plus les photographes d’avoir quelque chose de vraiment organisé. C’est ce qui se passe à Houston depuis dix ou vingt ans et il doit bien y avoir une raison pour que tous les photographes aillent à Houston. Là-bas, Ils ont l’assurance de rencontrer tout le monde de la photo, les gens des musées, les curators qui ne viennent pas si c’est informel, mais qui viennent s’ils sont invités, s’ils ont un contrat et s’ils sont vraiment forcés. Ici c’est la même chose. J’avais un contrat et j’ai été forcé de venir. Autrement, je préfère me promener dans la ville et prendre un café. Mais si vous avez un contrat, vous êtes là toute la journée à disposition des photographes et ça n’empêche personne de se présenter dans la rue ou des faire des choses à l’Arlatan ou quelque chose comme ça. Je pense que c’est une grande chance pour Arles d’avoir les deux systèmes. Je ne sais pas combien les photographes doivent payer ?
- 220 euros !
- Ah oui !? Mais ce n’est pas une catastrophe…
- C’est beaucoup vous ne trouvez pas ?
- C’est beaucoup mais ce n’est pas beaucoup. Je viens de Munich, je fais douze heure de route en voiture, je suis disponible toute une journée. J’ai eu 18 books à consulter pour une journée. Ce qui est plus que fatigant. C’est vraiment quelque chose ! Et il y a tous les autres aussi. Vous avez Jean-Luc Monterosso, Jean-Luc Lemagny et les collègues de l’Espagne. Vous avez vraiment la crème de la crème de la photo internationale alors c’est vraiment une chance énorme. Et si vous demandez a un électricien de vous réparer quelque chose, ça vous coûte 100 euros l’heure ! Alors il faut investir un peu, autrement on n’arrive pas !
- Ces lectures payantes sont très accaparantes, ne tuent-elles pas la fraîcheur des lectures libres ?
- Non aujourd’hui et hier, j’ai fait des lectures libres pour tout le monde sans que ça coûte quelque chose. Et j’ai fait d’ailleurs une découverte formidable que je vais publier dans le prochain numéro de Leica World. Une jeune fille sortie du centre Iris qui est à mon avis sensationnelle. Les deux sont possibles et compatibles.
-Venez-vous tous les ans à Arles ? Que représente ce rendez-vous?
- Il y a une grande concurrence aujourd’hui. Vous avez Madrid, vous avez Paris, Bratislava, etc .Mais il faut dire que j’ai eu ma première expérience de festival photo à Arles. C’était en 1981. Et il y avait là la projection Brodovitch ! C’était dans le théâtre antique et, ce personnage que je ne connaissais pas encore m’a montré que ce n’est pas seulement la photo qui compte, mais qu’il y a aussi typo, la mise en page, les journaux, et que ce quelque chose peut avoir une esthétique en soi. Ça m’a vraiment frappé…Et l’atmosphère de la ville et les gens et le vin et le soleil et tout ça…et ce lieu magnifique, le cloître Saint-Trophime. Une ambiance comme ça c’est unique. C’est unique au monde ! François Hébel a vraiment compris et ce qu’il fallait faire. Arles ne peut pas se mesurer à Madrid parce qu’ils ont des institutions, des musées, etc.. ils peuvent montrer des vintages.. Lui, aujourd’hui, a vraiment créé un festival qui présente la photographie contemporaine, qui présente les jeunes qui présente aussi les classiques avec des tirages modernes, mais ça c’est pas une catastrophe, et il a aussi créé les soirées dans le théâtre antique…
- C’est votre festival préféré ?
- Ça dépend ! Si vous voulez voir et découvrir des vintages et des grandes rétrospectives, il faut aller à Paris et à Madrid. Mais pour faire des rencontres, il faut venir à Arles. Arles est petit ! À Paris ce ne sont pas des rencontres parce qu’on n’y rencontre personne. Les gens sont là, là, et là. Sauf pour Paris Photo au moment de la soirée d’ouverture. Madrid, c’est la même chose. Mais ici à Arles, on se croise mille fois par jour. Et surtout, c’est redevenu des rencontres. Il faut dire qu’il y a eu une période un peu vide. Je trouve que François Hébel avec ses activités, son charisme et son réseau, a réussi un bel équilibre. Le festival est sur une bonne voie.
- Une exposition a t-elle particulièrement retenu votre attention?
- L’exposition Cornell Capa a été une surprise pour moi. Parce qu’on y voit comment le monde politique a changé. Vous voyez le président des Etats-Unis dans le train, ce qui n’est plus possible aujourd’hui sans les gardes du corps. Il y a aussi les tirages couleurs, les Kodachromes, qui n’existent plus. Alors, c’est vraiment une période perdue ! C’est très intéressant. C’est aussi la grande qualité d’Arles de présenter des choses qui sont un peu méconnues, perdues, oubliées.










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